VOUS AVEZ DIT PRÉVERT ?

Après la poésie marionnettiste de Grégoire Callies, ne manquez surtout pas non plus, à 17h30, celle du grand Jacques Prévert, choisie et interprétée par Danièle Klein et Véronique Charmeux, avec la complicité très active de Laurence Legris et son bel accordéon chromatique d’un orange flamboyant. C’est elle qui ouvre la soirée sur l’air inoubliable des « Feuilles mortes ». Ce trio est un pur régal ! Les deux comédiennes ont retenu les passages les plus marquants de son Œuvre, tournés vers les plus démunis et les difficultés qu’ont les humain(e)s à faire la paix avec eux-mêmes et avec les autres. Avec une tendresse et un humour sous-jacents permanents, démontrant, s’il en était besoin, à quel point il nous aimait, elles retracent avec bonheur un parcours hors du commun. « C’est pas du théâtre, c’est la vie, c’est partout ! Ils sont marrants, les êtres, ils tombent comme la nuit et se lèvent comme le jour ». Ponctuée de chansons sur ses textes et poèmes, entonnées par Danièle Klein, cette balade au pays de Prévert nous entraîne sur les chemins escarpés de la condition humaine, semés d’embûches et, parfois, de tragédies : « Il y a beaucoup de morts sur la terre répandus. Le sang des meurtres, celui de la misère. Sang caillé comme le lait quand il tourne. La terre tourne, avec ses grands ruisseaux de sang ». Sa honte de la guerre, aussi, sur l’air de « Rappelle-toi, Barbara » : « Oh Barbara, quelle connerie, la guerre ! Il pleut sur Brest, dont il ne reste rien ». Mais toujours, son amour de la vie et son compagnon l’humour prennent le dessus : « Deux escargots désappointés ; le soleil qui leur dit : Prenez le temps de vous asseoir, ne prenez pas le deuil, c’est moi qui vous le dis ! Reprenez des couleurs, les couleurs de la vie, mais là-haut, dans le ciel, la lune veille sur eux ». Amoureux de la Nature, aussi : « Il faut être très poli avec la terre et avec le soleil. Le soleil est amoureux de la terre ; la terre aime le soleil ; le reste ne nous regarde pas. Il faut que tout le monde soit très poli avec le monde ». Et parce-qu’il ne peut pas s’empêcher de se gausser : « Au nom du Père et du Fils, au nom du perroquet déjà nommé Saint-Esprit, que tout ceci ne sorte pas d’ici ». Et même si, après un temps, « On n’entendit plus la musique… et tout fut à recommencer », on ne se lasse pas de les entendre et les incitons vivement à recommencer cette incarnation magnifique des textes de Prévert, autant de fois qu’il leur plaira. « Si l’oiseau chante, c’est bon signe, vous pouvez signer. Il faudrait essayer d’être heureux. Le bonheur, en partant, m’a dit : la poésie, c’est le plus joli surnom du mot vie…». Ne partez pas, Mesdames, et revenez-nous vite ! Le bonheur que vous venez de nous offrir est un morceau de vie en plus. Joli cadeau. Véronique Blin








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