15h à SÉGURE : L’INHABITEE PAR LA Cie F&F (Fabienne et Franck, ou l’inverse…).

« Poufff… Vent… Riposte… Je suis est-allemande et cela grandit comme une mycose entre les orteils ». À partir des textes de la poétesse apatride Helga M. Novak, née en 1935, qui renonça à sa nationalité en 1966 pour se consacrer à un « état des lieux » doux/amer d’une Allemagne despotique et mortifère, la Cie F&F a fait un pari risqué : parvenir à dessiner, sur le corps en mouvement de la comédienne Fabienne et au-delà d’elle, sur l’écran géant qui la surplombe, les images du vidéaste Franck évoquant les propos de l’auteure, que la jeune femme prononce dans l’ombre. L’idée est belle, mais l’on peut cependant regretter un certain manque d’osmose et de complicité entre les deux partenaires. On aurait aimé voir un véritable « duo » ; on assiste plutôt à une « performance » d’art plastique, assez sophistiquée, mais sans réelle cohérence avec les textes qui la sous-tendent. Ce qui est très intéressant, en revanche, c’est que Franck nous a confié, à l’issue de la représentation, que sa « boîte à images », archi-pleine de morceaux de vidéos déjà réalisées par ses soins, pouvait varier selon l’humeur du jour et ses choix du moment. C’est cela aussi le « spectacle vivant » : le travail en train de se faire, de progresser, de s’ajuster, sans être figé. Ce pari-là, lui, est gagné. De très belles images sont à retenir : celle de ce ventre projeté sur celui de Fabienne, empli de boulons et autres déchets métalliques (la pourriture nazie ?), d’abord tout petit, puis qui grossit au fur et à mesure que la catastrophe s’avance ; ou cet arbre magnifique aux branches entrelacées (d’aucuns y ont vu le schéma du système nerveux humain…), duquel surgit le bras de Fabienne avant de se poser délicatement sur l’une d’entre elles. Ou encore ces petites bandes de papier blanc où sont inscrites des phrases de l’auteure, dansant avant de s’effacer dans l’eau claire d’une cascade…Des images cocasses aussi, comme cette main qui se tend démesurément vers un ailleurs possible mais incertain, jusqu’à traverser la totale largeur de l’écran, avant de disparaître à son extrémité, faute de certitude quant à sa destination. « Voyager…? Partir…? Rester…? Campagne, terre, nature, c’est là que je veux aller, là où il n’y a rien ». Au bout du compte : « À qui, finalement, appartient la propriété du peuple ? ». Vaste question… Véronique Blin


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